Meurtre au colombier

Mot de l’auteure
 
Je suis l’auteure de ce polar que vous avez aimé ou détesté.   Les personnages de ce livre sont bien entendu imaginaires, aucun colombophile ne peut se reconnaître dans ces personnages fictifs. Si pourtant certains croient y déceler des concordances, qu’ils se détrompent. Toute ressemblance avec des personnes réelles à part moi et ma famille est bien entendu fortuite. Les performances décrites dans ce livre quant aux pigeons sont réelles, par exemple le cas d’Eugène Pochet et ses femelles lesbiennes est tout à fait authentique et figure dans le Guinness book des records. Des pigeons all-round existent aussi et même des pigeons qui volent sur les mers ! (Aux Canaries surtout.) Si vous souhaitez connaître des vrais personnages, lisez mes articles toutes les semaines dans le journal encore bilingue (un vestige), La Colombophilie Belge.
Je me rallie aussi entièrement à la citation de Darwin : « Pas un colombophile sur mille n’a la justesse de coup d’œil et la sûreté de jugement nécessaires pour faire un habile éleveur. Un homme doué de ces qualités qui consacre de longues années à cette sélection, qui y voue parfois une existence entière en y apportant toute son énergie et une persévérance indomptable réussira et réalisera d’immenses progrès, mais le défaut d’une seule de ces qualités déterminera aussi l’insuccès ! Peu de personnes s’imaginent combien il faut de capacités naturelles, combien il faut d’années de pratique pour faire un bon éleveur de pigeons ! » J’ai le privilège d’en avoir rencontré quelques-uns.
Ce livre est terminé, Dieu soit loué. Pour arriver à mes fins, je ne me suis épargné aucune peine ni aucun sacrifice (rire). Au surplus, je me suis astreinte à déployer un suprême effort pour atteindre sous tous les rapports, autant que possible, la réalité, ma réalité dans la science colombophile.
Je vous remercie de l’avoir lu et de retenir de la colombophilie que c’est un sport, une discipline exigeante et un art dans tous les sens du terme. Les colombophiles que j’ai rencontrés ne sont pas tous Albert d’Argimont, mais encore moins Charles Dumouriez, ils se situent entre les deux, les meilleurs plus proches d’Albert, les pires (les plus rares) de Charles.
Qu’ils sachent en tout cas que, pour les meilleurs, je leur voue une admiration sans borne et sans limite. Et comme je l’écrivais en début de livre, les pigeons, comme les meilleurs livres, devraient porter une étiquette : « certains peuvent changer votre vie ! »

Marie-Claire Cardinal

Extrait : la maison dorée
 
 
Marie adorait cette maison de la presse à Charleroi, c’est là qu’elle fit ses premiers pas dans le journalisme carolo. Elle y passe juste pour le plaisir des yeux. Elle fait figure d’extraterrestre parmi ces journaleux qui ne comprennent vraiment pas pourquoi cette brillante journaleuse a quitté Bruxelles et un grand quotidien, de plus pour écrire dans un journal colombophile qu’ils connaissent à peine.
Marie avait mis du temps à aimer Charleroi, sa première approche fut triste. La ville lui semblait toute petite et plutôt moche à première vue. Avec le temps, elle y avait découvert quelques pépites d’art nouveau qui la rendent presque belle. Elle est comme ces femmes qui arrivent à harmoniser leurs défauts pour en extraire une beauté originale. Aujourd’hui, elle la trouve même un brin aguichante cette petite ville de province, la plus « nouvelle » ville de Belgique puisqu’elle souffle seulement ses 350 bougies. Elle partage même avec la cité lumière, Paris, une « rive gauche » fort prisée du public.
La maison de la presse est sise à l’angle de la rue Tumelaire et du boulevard Defontaine, édifiée en 1899 par l’architecte Alfred Frère (et pas l’industriel et richissime homonyme), elle est la première œuvre d’art nouveau à Charleroi. Elle fut acquise en 1906 par des maîtres verriers Chausteur, puis par un médecin, Léon Lempereur en 1952 avant d’être achetée par la ville de Charleroi en 1999. Elle sert de local à l’association de la presse.
Certains y voient une œuvre maçonnique (le hall se prolonge en équerre).
Ce que Marie aime particulièrement dans cette belle demeure, c’est sa façade principale, côté boulevard, égayée par des briques colorées et des sgraffites remarquables. Les sgraffites sont dorés (chardons stylisés et soleil), ils ont donné le nom à la maison dorée, les vitraux du jardin d’hiver sont aussi uniques, pas étonnant que des maîtres verriers y aient établi leur demeure.
Claire arriva, souhaitant passer incognito dans cet antre médiatique. Elle fut néanmoins prise à partie par quelques journalistes du coin pour l’attentat au commissariat qui avait blessé deux policières, dont une grièvement. Elle éluda les questions au grand dam des correspondants de presse et s’approcha résolument du bar où son amie sirotait un kir même pas royal.
  — Salut, on va manger plus loin à la bouche des goûts, trop de journalistes ici !
  — Ben, tu sais, on est à la maison de la presse aussi !
  — Je sais, mais la presse a de longues oreilles ici !
  — À la bouche d’égout ?
  — Non, sotte, à la bouche des goûts.
  — Oui, très carolo, comme jeu de mots ! OK.
Un p’tit resto sympa bistronomique qui se prétend gastronomique, mais, comme nombre de restos carolo, tout est servi en bien trop grande quantité.
 

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